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CONCOURS COSPLAY

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De Josef Lada à la nouvelle génération, Marek Rubec raconte la BD tchèque

La bande dessinée tchèque a plus d’un siècle d’histoires à raconter. Des personnages populaires aux univers plus sombres, des récits pour enfants aux romans graphiques, elle s’est construite au fil des décennies en multipliant les styles et les influences. L’auteur et illustrateur tchèque Marek Rubec a proposé, samedi 3 octobre, dans le cadre du programme de conférences du FIBDA, un voyage à travers cette histoire foisonnante, qu’il a découpée en quatre grandes périodes : de 1900 à 1950, de 1950 à 1989, de 1990 à 2000, puis une période contemporaine beaucoup plus difficile à enfermer dans une tendance unique.

Pour commencer ce voyage, Marek Rubec s’arrête sur une figure incontournable : Josef Lada, considéré comme l’un des pionniers de la bande dessinée tchèque de la première moitié du XXe siècle. Son trait reconnaissable et son humour ont marqué plusieurs générations. Lada, dont le travail avait notamment été salué par Pablo Picasso, a contribué à populariser les bulles de dialogue et les légendes humoristiques. L’artiste tchèque est une référence historique pour Marek Rubec, et constitue aussi une source d’inspiration directe. Son propre travail, nourri d’humour noir et de satire, a notamment été présenté dans une grande exposition en République tchèque, réalisée dans un style inspiré de Lada. Une manière de faire dialoguer mémoire historique et humour.

Autre figure incontournable de cette première période, Ondřej Sekora, créateur notamment de Ferda Mravenec, « Ferda la fourmi », et du scarabée Pytlík. Ses histoires drôles et ses personnages attachants en ont fait l’un des illustrateurs les plus populaires de son époque. Dans cet univers largement bon enfant, d’autres personnages ont connu leur heure de gloire. Artuš Scheiner, par exemple, a créé Kulihrášek, un petit personnage à mi-chemin entre le gnome et l’enfant. Son univers se distingue par des planches presque dépourvues de bulles et de texte. Le personnage, autrefois très populaire, est aujourd’hui largement tombé dans l’oubli. Dans les années 1930, René Klapač rencontre à son tour le succès avec une revue mettant en scène les aventures de bébés chiens. Le phénomène dépasse rapidement les pages des magazines : jouets, masques et autres produits dérivés témoignent de leur popularité. Puis vient Jan Fischer et « Les Flèches rapides », une œuvre devenue emblématique de la bande dessinée tchèque et qui conserve encore aujourd’hui une solide popularité dans le pays.

L’ère des académies et ouverture aux influences

À côté de ces histoires destinées aux plus jeunes, la bande dessinée tchèque commence aussi à explorer des territoires plus aventureux. Pirates, cowboys, scouts, récits d’action et histoires destinées aux adolescents et aux jeunes adultes prennent progressivement leur place. Les illustrations de Bohumil Konečný, particulièrement appréciées jusqu’à la fin des années 1950, participent à cette évolution. Ses œuvres ont traversé les décennies et continuent d’être publiées ou rééditées. La bande dessinée s’intéresse également davantage au quotidien, notamment à travers des histoires centrées sur des jeunes femmes, comme « Zuzanka ». Les années 1950 et suivantes voient s'imposer plusieurs magazines qui vont devenir des références. La formation artistique joue également un rôle important. Dans les académies d’art, les auteurs sont encouragés à développer une signature visuelle personnelle. Le résultat est une étonnante diversité de styles. Les récits pour la jeunesse de Jaroslav Malák et Jiří Kalousek côtoient l’univers plus sombre d’Adolf Born, tandis que Stanislav Holý développe avec « Monsieur Pip » un monde coloré et largement dépourvu de bulles. La science-fiction et l’aventure trouvent également leur public grâce à des auteurs comme Marko Čermák, Jiří Petráček, Vlastislav Toman ou František Kobík.

À mesure que le pays évolue, les influences extérieures se multiplient. Dans les années 1980, l’esthétique du Français Mœbius trouve notamment un écho auprès des auteurs tchèques, tandis que de nouveaux magazines spécialisés voient le jour. La science-fiction d’Oldřich Jelínek, les récits de Jan Štěpán, les œuvres jeunesse de Lucie Lomová - l’une des premières grandes figures féminines de la BD tchèque - ou encore les collages expérimentaux de Vladimír Tučapský témoignent de cette nouvelle liberté de création.

Un paysage contemporain en plein éclatement

À partir des années 2000, une nouvelle génération prend ainsi le relais, dans un paysage devenu particulièrement éclaté. « Il n’y a plus vraiment une tendance dominante », souligne Marek Rubec. Les styles, les formats et les sujets se multiplient, tandis que les festivals et les nouvelles possibilités éditoriales offrent aux artistes de nouveaux espaces d’expression. Né en 1979 à Litoměřice, Marek Rubec connaît bien cette histoire dont il est à la fois observateur et acteur. Auteur de bande dessinée, illustrateur indépendant et animateur, il a publié ses récits dans de nombreux magazines et anthologies en Europe et reçu plusieurs distinctions. Il est également le premier artiste tchèque à avoir réalisé un Google Doodle et l’auteur de romans graphiques historiques. Son travail, qui mêle humour, satire et regard sensible sur les petites villes d’Europe centrale, prolonge finalement à sa manière une tradition bien ancrée dans la bande dessinée tchèque : raconter l’histoire, les petites gens et les grands bouleversements avec un trait personnel… et, souvent, un bon sens de l’humour.